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Vaslav Nijinski est un mythe bien vivant : « inventeur » de la
danse moderne, il reste, avec les Ballets russes, toujours à
l’affiche. Danseur, il a créé des rôles tels que Petrouchka
ou Le Spectre de la rose ; chorégraphe, il a
révolutionné son art – et scandalisé son public – avec
L’Après-midi d’un faune, Jeux, et son légendaire
Sacre du printemps. Dix ans d’apprentissage, dix ans de
danse, sa carrière fut aussi courte que fulgurante ; suivirent
trente ans d’éclipse totale. Nijinski souffrait, en effet, de
troubles psychologiques qui ont progressivement compromis, puis
anéanti, ses extraordinaires talents.
C’est pendant l’hiver 1918-1919, alors qu’il séjournait en
Suisse, que Vaslav Nijinski écrivit les quatre cahiers qu’il est
convenu d’appeler son « Journal ». Ces Cahiers
constituent une véritable auto-analyse qui fait surgir
fantasmes, souvenirs et associations libres.
En 1993, le Festival d’Avignon commande à
Christian Dumais-Lvowski, qui a publié aux éditions Actes Sud la
version non expurgée (traduite du russe) des Cahiers de
Vaslav Nijinski,
une adaptation
théâtrale française de ces cahiers. Par la suite ce spectacle
fera l’objet d’une tournée européenne.
En
2007, le Théâtre Acte 3 convie le public à un échange
direct, en abolissant la distance et en jouant de
«l’interpellation » permettant, de saisir les différents « cris
intérieurs » d’une âme en débâcle et consciente de son « naufrage ».
« Tout ce qu’il fait a un tour extrêmement théâtral… Lorsque
l’on raisonne avec lui, il se moque de vous, l’air de dire :
Vous ne trouvez pas que je joue la comédie à merveille ? » Cette
observation de Peter Ostwald, professeur en psychiatrie
américain et auteur d’une importante étude sur Nijinski, a
orienté l’approche même de la mise en action du monologue de
telle sorte que nous avons imaginé un Nijinski plus âgé,
souffrant de paranoïa, confondant le rêve et la réalité, alors
qu’il revisite ses cahiers. Pour éviter de sombrer, sa pensée
chaotique s’accroche à des épaves de vraisemblance.
Tour à tour, il lit son journal, le vit, l’écrit, l’improvise
et le commente. Tantôt il s’adresse directement au public,
tantôt il s’emmure et se parle à lui-même. Son humeur
changeante, son langage corporel s’inspirent des notes
consignées par les médecins traitants.
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